Téléchargez le document de position de l’Action Mondiale Contre la Pauvreté : Recommandations AMCP

Du 20 au 22 septembre 2010, se tiendra à New York un sommet de haut niveau sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), dix ans après leur lancement. Le Sommet, qui aura lieu à la veille de l’Assemblée générale des Nations Unies, portera plus spécifiquement sur l’accélération des progrès vers la réalisation de tous les OMD d’ici 2015

Alors qu’il ne reste que cinq ans pour atteindre les OMD, le constat est alarmant. Ainsi, le rapport d’étape publié par l’ONU en 2009 souligne que leur réalisation a pris un retard considérable. Les 189 États signataires de la Déclaration du Millénaire en 2000 ont aujourd’hui plus que jamais la responsabilité politique de réagir face à cette situation qui ne saurait être considérée comme une fatalité de plus dans un monde en crise.

Ces mêmes États, bien que présents en nombre à Copenhague pour les négociations sur le changement climatique (entre 120 et 130 chefs d’État), n’ont pas été à la hauteur des enjeux, non seulement du changement climatique, mais aussi en ce qui concerne la nécessaire transformation de nos modes de vie et la lutte contre les inégalités sociales et environnementales. Les pays riches ont ainsi refusé d’assumer la responsabilité historique des conséquences de leur développement sur la planète en ne dégageant pas de moyens financiers ambitieux qui auraient rendu possible l’adaptation au changement climatique, ce qui était pourtant le sens du protocole de Kyoto.

Le prochain « Sommet contre la pauvreté » de New York est l’occasion pour les pays riches de respecter leurs engagements pris pour la lutte contre la pauvreté et la faim dans le monde.

UN CONSTAT ALARMANT

Quand, en 2000, les objectifs, cibles et indicateurs des OMD ont été fixés, il s’agissait de montrer au monde qu’avec un peu de bonne volonté et beaucoup de pragmatisme, il serait possible de réussir là où avaient échoué des approches considérées comme « trop politisées ». Modifiés en 2007, les OMD se décomposent désormais en 8 objectifs généraux, 21 cibles et 60 indicateurs de suivi construits à partir de 140 mesures statistiques.

Toutefois, la complexité et la lourdeur de tels outils ne laissent pas présager une réelle capacité à suivre la réalisation effective des OMD. En 2009, les Nations Unies ont produit un rapport très complet sur les OMD et leur réalisation. Ce rapport montre des avancées de certains pays et de certaines zones géographiques mais confirme la persistance d’inégalités géographiques.

DES AVANCÉES DANS CERTAINS DOMAINES… AVANT LA CRISE

‣ Dans le monde en développement, le taux de scolarisation primaire est passé de 83 à 88 % de 2000 à 2007. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, la scolarisation a respectivement augmenté de 15 et 11 % entre 2000 et 2007.

‣ La mortalité des enfants de moins de cinq ans a diminué avec régularité dans le monde entier. Elle est passée de 12,6 millions de décès en 1990 à 9 millions en 2007, en dépit de la croissance de la population. Même si c’est en Afrique subsaharienne que les taux restent les plus élevés, des améliorations remarquables pour plusieurs interventions clés ont été constatées.

‣ Au plan mondial, le nombre de nouvelles infections au VIH a atteint un sommet en 1996 et diminue depuis : il était de 2,7 millions en 2007. Le nombre estimé de décès dus au sida semble aussi avoir connu son plus haut niveau en 2005 (2,2 millions) pour descendre jusqu’à 2 millions en 2007, en partie grâce à un accès accru aux antirétroviraux dans les pays plus pauvres.

DES RÉSULTATS INÉGAUX QUI PERSISTENT ET SE RENFORCENT AVEC LA CRISE

‣ Des progrès ont été accomplis dans l’éradication de la faim depuis le début des années 1990, la proportion de gens qui ont faim étant passée de 20 % en 1990-92 à 16 % en 2004-2006. Or cette tendance s’est inversée en 2008, en grande partie à cause de la hausse des prix des denrées alimentaires, et le nombre de personnes souffrant de la faim a passé le seuil historique du milliard en 2009.

‣ Pendant la période allant de 1990 à 2005, le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour est passé de 1,8 à 1,4 milliard (avant la crise économique et la flambée des prix alimentaires). Mais les indicateurs montrent que les grandes avancées dans la lutte contre l’extrême pauvreté risquent de s’enrayer, même si nous ne disposons pas encore de suffisamment de données pour comprendre le plein impact du récent ralentissement économique. On estime qu’en 2009, 55 à 90 millions d’individus vivant dans l’extrême pauvreté devraient s’ajouter au nombre prévu avant la crise.

‣ Plus d’un quart des enfants des régions en développement souffrent de retards de croissance et les maigres progrès accomplis dans le domaine de la nutrition infantile de 1990 à 2007 seront insuffisants pour atteindre la cible en 2015. De plus, ils seront sans doute érodés par la hausse des prix alimentaires et les turbulences économiques.

‣ Au niveau mondial, le taux de chômage en 2009 pourrait atteindre 6,1 à 7 % pour les hommes et 6,5 à 7,4 % pour les femmes, dont beaucoup sont piégées dans des emplois précaires et souvent non rémunérés, ce qui freine les progrès en faveur de l’égalité des sexes.

‣ Les fonds manquent de façon criante pour les programmes destinés à améliorer la santé maternelle (OMD 5), l’objectif ayant fait le moins de progrès à ce jour. Depuis le milieu des années 1990, la plupart des pays en développement ont vu se réduire considérablement le financement de la planification familiale par les donateurs – calculé par femme – en dépit des apports indéniables de tels programmes pour la santé maternelle et infantile. Le rapport suggère en outre que nombre des avancées mondiales étaient dues à une baisse spectaculaire du taux de pauvreté en Asie de l’Est. Ailleurs, les progrès ont été plus lents. En 2005, l’Afrique subsaharienne comptait 100 millions de personnes extrêmement pauvres de plus qu’en 1990, et le taux de pauvreté restait au-dessus de 50 %. Par ailleurs, les ratios comparant service de la dette/exportations des pays en développement risquent de se détériorer encore, surtout chez ceux qui ont vu leurs exportations augmenter au cours des dernières années. Pour beaucoup de pays en développement, une baisse des niveaux d’aide ne serait pas seulement un frein au progrès, elle risquerait d’annuler leurs acquis, avertit le rapport sur les OMD.

Le bilan officiel de 2009 montre que, dans la dynamique actuelle, les OMD ne seront pas atteints ; et pourtant il n’intègre pas l’ensemble des conséquences de la crise économique. Il est donc clair que le simple suivi de politiques sectorielles définies en cibles et indicateurs ne suffira pas pour assurer les objectifs annoncés. Plusieurs institutions internationales ont déjà intégré cette situation dans leurs orientations, et se satisfont de montrer des indicateurs positifs : que ce soit l’Agenda du travail décent (OIT), l’action sur les déterminants de la santé (OMS), l’éducation pour tous (UNESCO). Tous ces programmes se « fondent sur les OMD », en indiquant qu’ils les appliquent, montrant même un large dépassement de certains indicateurs.

Au-delà du bilan chiffré, il faut donc, « au nom de la réalisation des OMD », demander aux États de faire preuve de volonté politique et d’agir à la fois sur des indicateurs précis et des politiques globales.

Les OMD devraient tous être rattachés aux responsabilités liées aux droits de l’Homme, mais ils ne sont actuellement pas formulés comme des obligations des États qui permettraient une action sur le long terme et une réelle dynamique de développement, notamment une gouvernance saine, une dotation budgétaire adéquate et une responsabilisation des acteurs privés et publics et des organismes de coopération. Cette orientation n’exclut pas le respect par les autorités françaises de certaines cibles et certains indicateurs prévus dans les OMD tels que le montant de l’aide publique au développement (APD), la poursuite de l’aide à la planification familiale ou l’action en faveur du travail décent.

Selon le dernier rapport de l’OCDE, la France n’en prend pas le chemin. L’APD française a en effet stagné ces six dernières années, là où d’autres pays européens confrontés au même contexte de crise comme l’Espagne, la Belgique ou le Royaume-Uni, ont accentué leurs efforts et ce, malgré un déficit public encore plus important que la France.

La France a pourtant montré une détermination sans faille à sauver ses banques, et son Président n’a pas hésité à affirmer la nécessité d’une réforme en profondeur du capitalisme pour sortir de cette crise systémique à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui et qui, dans le monde, a fait basculer 100 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté en 2009, pour atteindre le triste record du milliard de personnes souffrant de faim. Par ailleurs, la fragmentation, la paupérisation et la polarisation sociale sont également des réalités en France, où le médiateur de la République, M. Jean-Paul Develoye, suite à son dernier rapport 2010 « estime à 15 millions le nombre de personnes pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près ». Ainsi, la dernière étude de l’Insee explique que 13,4 % de la population française vit sous le seuil de pauvreté alors même que les revenus des plus riches ne cessent d’augmenter. La lutte contre la pauvreté et les inégalités nous concerne tous !

Nous affirmons qu’à l’instar du sauvetage des banques, la lutte véritable contre la pauvreté et les inégalités est avant tout une question de courage et de volonté politique des dirigeants français et européens. En 2005, les organisations de la société civile et les collectivités territoriales françaises affirmaient dans leur mobilisation qu’il n’y avait « Plus d’excuses ! » pour que la France ne respecte pas ses engagements.

En 2010, à 5 ans de la fin du délai pour la réalisation des OMD, celles-ci demandent à leurs dirigeants d’assumer enfin leurs responsabilités, sauf à leur dire clairement que la lutte contre la pauvreté et les inégalités n’est pas la priorité actuelle, sauf à continuer de donner l’image d’une France qui ne respecte jamais ses engagements en matière de solidarité, ceux des 0,7 % du PIB consacrés à l’APD pris en 1970, ceux de Gleneagles en 2005 pour augmenter l’aide envers l’Afrique ou ceux, plus récents, « d’en finir avec les paradis fiscaux et judiciaires » dont on sait qu’ils privent chaque année les pays du Sud de 600 à 800 milliards d’euros pour leur développement, soit 6 à 8 fois plus que l’APD mondiale.

Lire la suite en téléchargeant le document de position de l’Action Mondiale Contre la Pauvreté : Recommandations AMCP